Dragilor mei lectori,

aproape direct când am ajuns în Viêt Nam, am simtit ceva. Zic « aproape », pentru ca în Diên Biên, nimic nu mi-a amintit România, datorita faptului ca acolo istoria e legata destul de mult cu Franta, orasul fiind cel unde în 1954 a IV-a Republica isi a pierdut batalia deciziva împotriva Viêt Minh-ului condus de Ho Chi Minh si generalul Giap.

Iar ce a schimbat pentru mine în extremul nord-vest a tarii, este ca am început din nou sa citesc cartea lui Vasile Ernu, « Ultimii eretici ai Imperiului », care mi-a fost oferita de Christi ca un cadou de plecare, acum un an si jumatate. Ce importa aici nu este ca în fine am reusit sa o termin, dupa multe încercari, nu e ce zice cartea, cât de interesanta, profunda este. Ce e important este ca m-a legat din nou cu un suflet care pân-acum batea încet, m-a pus din nou în mareul ocean a limbii voastre, pe care ma tem sa o uit.

Tot asa, întâmplator sau nu, unde am ajuns dupa Diên Biên? Într-un soi de Brasov, care se numeste Sa Pa. Daca ati tradus si citit articolul publicat pe « Martine et Raymond », daca ati vazut pozele, poate ati înteles ceea ce vreau sa spun. Atunci, în legatura cu lectura cartii, si într-un moment când, poate, eram un pic scazut psihologic, mi-a revenit în cap tot trecutul meu rôman, când eram printre voi, vorbind aceasi limba, si mi-a venit un dor foarte tare a Bucurestiului. Totusi nu sunt trist, este un dor însotit de un zâmbet duios. Va pun din nou niste poze din Sa Pa.

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Dupa Sa Pa, am ajuns în Ha Noi care este, cum l-am scris deja altundeva, o sora a Bucurestiului. Nu stiu exact cum v-as putea explica tot ce aceste doua orase au în comun. Ritmul vietii, galajia, mirosul, arhitectura, haosul, ocupatia spatiului vizual cu publicitate, cenusul cerului, un « Ateneu » de al lor, noduri de cabluri încurcate, tigarii Kent, semne de iesire din oras, amintiri din epoca comunista care acolo de fapt nu sunt « amintiri »…

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Sa vedeti asa ca nu va am uitat, si ca orice fac si orice as vrea, sunteti cumva cu mine. Scuzati iarasi modul în care încerc sa împart asta cu voi, adica iertati masacrul ce fac de limba voastra.

Cu drag,

Thomas.

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Des ombres,
des sons,
qui s’annoncent,
puis reculent
dans l’ombre
sans un bruit.
 
Misère intérieure,
morve à l’âme,
tenter de détendre
un arc de bois dur
et qui refuse
la torsion.
 
Tu gigotes
au bout d’une corde
que ton cou
n’accepte pas
encore.
 
Mesurer les petits
qui s’égrènent,
compter les mètres
qui défilent,
et vaciller
sous leur nombre.
 
Invoquer les esprits,
les mânes,
les lares,
les djinns,
que sais-je ?
mais toucher
au souffle
quoi qu’il arrive.
 
Descendre en rappel
la pente du souvenir
pour atteindre
le fond de la mémoire.
 
Tortures, tortues,
vautours parés d’atours
autour d’un corps
au cou tout dur,
mais doux,
mais d’où ?
 
Contre tout
le béton du monde,
une perche
de bambou
et une cuiller
tordue.
 
Ce qui souffle
et s’incline
au loin,
est-ce une montagne
ou le rêve
d’un grain de sable ?
 
Retourner
la clepsydre,
arrêter les gouttes
avant qu’elles n’atteignent
les temps.
 
Se retirer à l’ombre
d’un verger
de citronniers ou de
pamplemoussiers,
plier sous un arbre,
expirer et attendre
un fruit
seul au monde.
 
D’abri, point,
que notre peau
contre le fleuve
du vent.
 
Gémir à l’envi,
se récrier,
blêmir
et puis fléchir
finalement.
 
Bruit,
goût,
odeur,
de métaux
qu’on heurte
ou qui
s’entrechoquent
au ras de l’eau.
 
A défaut d’anges,
ce sont de petits démons
qui ont jailli de nos poumons
à la première occasion.
 
Se border l’œil,
coudre ses paupières,
d’un rayon de lune
ou d’espoir.
 
Insectes,
rires,
ors
et peau du cul,
on échange tout
à l’étal
d’en-dessous.
 
Une chaîne
graisseuse,
brisée,
qu’on abandonne
pour alléger
ses chevilles ou
ses bateaux.
 
Leste lest,
déleste-moi
lestement
d’un doute affreux :
ne serais-tu qu’une outre
pleine de vent
et de f… ?
 
A quoi bon se perdre,
se torturer,
souffler du riz
aux quatre vents,
s’échapper,
réussir à tout prix,
puis d’un coup de
bol maître,
s’affaler pieds nus
sur un tapis de laine
et de verre ?

0810
Divisés, brisés
les rayons
de poussière
sur la pente
du toit.

Pose-toi
entre transe
et caballe,
cheval emballé
qui oublies
jusqu’au son
de ton propre galop.

Des yeux d’or et
d’ébène
posés comme
au hasard,
cousus d’une main
tremblante,
d’un fil top distinct.

Réfléchis-tu jamais
à la vitesse,
au goût d’un soupir
longtemps retenu et
qui soudain
s’exhale ?

Le chien te trompe
autant qu’il se trompe
lui-même :
ce n’est pas après le temps qu’il courre,
juste après sa queue.

Ce vieil homme
qui boite à moitié
nu,
combien de litres
lui reste-t-il à
descendre
avant de s’effondrer
dans la tombe ?

1310
Engorgé, le canal
se retient encore
mais à peine,
titillé par
les doigts d’une
pluie qui n’a
pas dit son
dernier mot.

La musique
adoucit les mœurs :
quid de celle
qui donne envie
de crucifier le
coupable avec des
tessons de bouteille ?

Dans l’antre du
taureau blanc,
ses petits veaux
mugissent après leur mer.

De retour
au bercail,
le souffle
ample
et les reins
brisés.

Tentures teintes,
rideaux ridés,
qui cachent
la misère
d’une lumière
blanche, mais sale.

L’autre,
ce barbare
qui prend
sans donner,
si ce n’est une
poignée de billets
déchirés.

Alangui,
quoique debout,
touché par la
douceur
d’un regard
neutre.

0710
Tout à l’envers,
se fendre,
se tendre,
se tordre
comme un fil
 
D’une main
gauche,
écarter le
rideau et voir
la pluie.
 
Marcher
marcher encore,
se retourner
pour se souvenir
des chemins ouverts,
des routes tracées,
à la machette.
 
Se substituer à
l’abandon,
est-ce se trouver ?
S’abandonner,
est-ce se fuir ?
 
Trop reculer
les heures perdues,
c’est délaisser
la densité
d’une minute pleine.
 
Tu touilles,
tu touilles,
mais que touilles-tu ?
Ton ventre
ou tes couilles ?
 
0810
A moi,
mes braves !
Mon royaume
pour un bol de
riz frit
et un vélo rouillé !
 
Tu penches,
tu t’inclines,
tu ne sais même plus
pourquoi tu titubes,
et tu t’agenouilles
en vaines prières
que n’entendent
que le vent et
le rire des singes.
 
Le soleil rit,
se cache,
il a des envies d’ici
et d’ailleurs,
il s’achète un bon prix
au marché de nuit.
 
Suce-moi,
sangsue,
mais cesse
tes simagrées,
fais susurrer
tes synapses,
et marcher tes sphincters.
 
Mes colères, mes nuits,
tout de rouge vêtues,
nonnettes absurdes
agitées par le ressac
d’une mer
intérieure.
 
Sourires pendus,
suspendus,
tendres,
abouchés,
accalmies passagères,
passagers acclamés.
 
J’ai bu la sève
et mordu l’écorce.
De ce rite païen,
m’est née une soif
en expansion.
 
Ce rire,
je l’ai vu avant
de l’entendre, se dessiner sur des
lèvres peintes, un masque de papier froissé.
 
Petite blatte
qui
couine crisse et pue,
qui sont tes amis,
si tu en as ?
 
De branche
en branche,
manches remontées,
les pendus s’agitent
et cliquettent
comme des fruits
mûrs et pleins
de vers –
alexandrins et
autres.
 
Des barreaux
ou des cris ?
Pas de quoi
s’étendre,
mais bien assez
pour s’arrimer
à tout ce qui passe.
 
Une chevelure,
un frisson,
une eau collante
et grasse,
une brise qui nous
sème.

0410

[…] L’eau est présente partout, qu’on le veuille ou non, qu’on s’en serve, qu’on la pompe, qu’on la mette en valeur ou l’emplisse d’ordures. La Thaïlande, c’est l’eau – et les oiseaux, cigognes, aigrettes, pélicans et hérons. Elle nous accompagne et nous longe lorsque nous allons manger au marché de nuit.

 

0510

Ayutthaya garde de nombreuses traces d’un passé qui l’a vue être la capitale du Siam pendant plus de quatre siècles ( 1350-1767) jusqu’à sa prise et son sac par les Birmans. Le Bouddha d’or du Wat Phra Sri Sanphet s’en souvient encore, lui dont l’or a fondu sous la convoitise des envahisseurs et dont le coeur de bronze patiente à Bangkok. En tout, et en plus du Palais Royal et d’autres édifices laïcs, Phra Nakon Sri Ayutthaya compte 27 temples, pour la plupart ruinés et abandonnés, mais dont on devine l’ampleur et la puissance, malgré l’eau d’égoût qui leur baigne les pieds.

[…] A quoi peut ressembler la littérature, la poésie ici, qu’on soit Thaï ou étranger ? Elle s’attachera sûrement aux petites choses, aux détails les plus crus, les plus simples de la vie. Au bruit de la carpe qui happe son repas dans un rond solitaire, au cri du gecko qui s’égraine jusqu’au matin, aux odeurs toujours différentes et toujours puissantes d’un marché qu’on traverse accompagné du plaisir de se perdre, au sourire incompréhensible qu’on échange à tout bout de champ, aux conversations à brûle-pourpoint à l’ombre d’un badianier ou de l’auvent d’une échoppe de mécanicien, au bruit des touk-touks et à la moiteur, à la paresse de l’eau qui s’infiltre partout, au souffle des palmes et des acacias qui ne frémissent pourtant qu’à peine, le vent se faisant rare, au goût d’un thé industriel sur une langue qui ignorait la soif avant d’atteindre les rives d’une ancienne capitale.

0610

La journée s’achève avec la pluie. Sous les auvents de tôle ondulée, on avale ce qu’on peut dans un bruit de grêlons qui couvre toute tentative de conversation.

C’est un de ces jours où l’on fait ce qu’on veut, mais pas comme on voudrait. Je me suis retrouvé à suivre le troupeau, à faire comme lui, et ça ne me plaît pas.

[…] Ces heures passées dans le train glacial, entouré de Thaïs, dans les touk-touks et taxis 4×4 avec des Néo-Zélandais, des Allemands et des Canadiens, à l’hôtel profond tout de tôle et de bois, au jardin foisonnant, dans les grottes au plafond noirci de chauves-souris, à la lisière de la jungle, les pieds dans la canne à sucre, à observer ces mêmes bestioles voler en troupe spiralée au gré du vent, des insectes et de la menace des faucons, ces heures m’ont coûté, et je suis le seul à le savoir et à en deviner le prix, celui du renoncement et de l’acceptation, du désespoir de voir que la magie, le plus souvent, a été vendue et s’est rendue, à plus fort qu’elle, à l’évidence, elle a disparu.

Je ne suis pas certain d’amener encore quelque chose à mon voyage ; quant à lui, il semble ne vouloir me donner que de l’attendu, du prémâché, du clé en main. Ne me donnez pas la clé, laissez-moi la chercher.

Hai (que ku)ku – 4

Publié: 30/08/2013 dans Le défouloir

Mouchoir
Trop tard, toujours
trop tard,
je me retourne
et vois tes larmes
avant de les entendre.
 
A une corneille
Raye ou raille,
oreille,
rocaille,
je m’en fiche
et te le dis :
«trace tous les traits
que tu veux,
je suis mûr et
précis, assez pour
me défendre, assez pour te pendre.»
 
Hémorragie
Terreur douce
posée sur mon pouce
qui me hérisse
et m’oppresse,
coussin trop mou,
jupe trop longue,
un cou courbé,
un doute,
une cataracte
de lymphe
en déshérence.
 
Crique
Calculer de tête
et à coup sûr,
le poids du corps
qui se lance
comme il peut
du haut de la falaise ;
entre deux rochers,
deux ancres
de papier
mal arrimées
et qui tanguent.
 
Mon matin
A mes angoisses,
à mes choix,
je bois de grandes lampées
d’un pétrole gras et amer,
tiré du puits
à la nuit.

Hai (que ku)ku – 3

Publié: 29/08/2013 dans Le défouloir

Maçon
Sous ma pierre,
à coups d’épaule,
je reconstruis
les rêves obscurs
faits la veille
au petit jour.
 
Lâché
Irrévérencieux
comme l’est le vent,
tu vas finir
cul par-dessus tête,
abandonné du temps,
des insectes et
des arbres —
qui brûlent à présent.
 
Rapière
Brandi, épée d’épines,
je me hisse
à force de trop
au bout de ton bras
encore vert.
 
L’essai
Tendre l’arc à se rompre
et dans l’élan,
enfoncer sous ta peau
un soupir trop longtemps
enfoui.
 
Trou noir
Sur le pourtour du miroir
courent des veinules
emplies d’eau
et de camphre
— qui gèle et chauffe —,
dont le dessin fait
résille ;
dans le miroir :
un quasar rougeoyant.
 
Décompression
Qui brûle ses fagots
au bord de l’étang ?
Est-ce un loup,
un renard
ou les enfants de la pluie ?
Je ne sais, 
mais aimerais
me chauffer à ce feu
de tourbe et d’oubli.